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Afrique centrale : Premiers effets du changement climatique

Soumis par jadecameroun le mer, 19/09/2007 - 01:00

(Jade Cameroun/Syfia Centrafrique) Saisons sèches plus longues et plus rudes, pluies irrégulières et diluviennes... Les effets des changements climatiques commencent à être perceptibles, même dans les pays d'Afrique centrale, couverts de vastes forêts. En cause, la pollution mondiale et la déforestation locale.

Depuis fin août, les pluies font rage dans la partie sahélienne du Nord Cameroun où elles sont habituellement rares. On compte des centaines de sans-abri, des champs dévastés, de nombreux bœufs noyés dans les fleuves sortis de leurs lits. À l'est du pays, pourtant couvert par la grande forêt équatoriale, c'est de sécheresse qu'ont souffert les éleveurs trois mois plus tôt. La saison sèche plus rude et bien plus longue qu'à l'accoutumée avait tari les rivières et desséché les pâturages. "J'ai perdu plus de 50 têtes de bœufs, tous morts de soif et de faim, faute d'eau et d'herbe", déplore Alladji Bouba Djibirrock, un éleveur.

Situation quasi identique en Centrafrique, pays voisin du Cameroun. Attendues depuis fin mai, les premières pluies ne sont tombées qu'en août. Entre temps, les puits s'étaient asséchés et le débit du fleuve Oubangui avait baissé des deux tiers, d'après des données de la direction générale de l'Aviation civile et de la météorologie centrafricaine. Selon Pierre Mouchili Njipouta, ancien expert des Nations unies sur les questions d'environnement, ces perturbations résultent des changements climatiques perceptibles sur toute la planète. "Il faudra désormais s'y habituer, car nos pays ne sont pas épargnés. Les effets de la dégradation de l'environnement au Japon ou aux États-Unis peuvent se répercuter facilement au Cameroun", prévient-il. L'utilisation des combustibles fossiles, comme le charbon ou le pétrole, pour fabriquer de l'électricité, ainsi que par les industries et les véhicules est la principale cause de ces évolutions.

Les hommes premiers responsables

Mais les pays occidentaux ne sont pas seuls en cause. L'émission de gaz à effet de serre et surtout de gaz carbonique (CO2), responsable du dérèglement du climat, est liée à la pollution, mais aussi à la déforestation au Sud. Au Cameroun, la forêt recule à grands pas. Son exploitation est de plus en poussée et l'État recommande en vain aux industries du bois et aux villageois bénéficiaires des forêts dites communautaires de reboiser. La forêt est aussi pillée et brûlée par les populations locales en quête de bois de chauffage ou de nouvelles surfaces à cultiver. Un hectare brûlé, c'est 100 à 200 t de carbone qui partent dans l'atmosphère. Selon les scientifiques, la déforestation contribue chaque année à près du quart des émissions mondiales des gaz à effet de serre.

Des conséquences qu'ignorent les habitants pauvres de ces régions qui, en détruisant la forêt et la savane, cherchent avant tout à se nourrir, selon des universitaires et experts centrafricains. "La désertification risque de toucher d'ici peu la moitié de la superficie de la République centrafricaine", prévient Antoine Kémba, consultant en environnement et maître de conférences à l'université de Bangui. On note déjà une progression des terres arides, consécutive, selon les chercheurs, aux feux de brousse et aux trop nombreuses coupes d'arbres. "Cette situation réduit la capacité de l'environnement à absorber le gaz carbonique et à produire de la vapeur d'eau, nécessaire aux précipitations", explique Jean-Claude Bomba, docteur en climatologie.

Nécessaire adaptation

Autant de facteurs qui sont responsables des dérèglements difficilement prévisibles observés ces derniers mois dans certains pays africains. Les inondations ont fait de nombreux morts et déplacés au Togo, au Burkina Faso et surtout au Ghana et en Ouganda où une grande partie des récoltes a été détruite.

Pour réduire les conséquences de ces nouvelles conditions climatiques, le gouvernement centrafricain a créé, en 2004, le Programme national d'adaptation au changement climatique. Il y est par exemple recommandé aux cultivateurs de recourir à des cultures à cycle court pour mieux s'adapter à la nouvelle donne pluviométrique. Un autre Programme de gestion des fluides frigorifiques a vu le jour. Objectif : inciter les Centrafricains à utiliser de manière rationnelle les ressources naturelles et les utilisateurs de gros appareils à ne pas faire usage de gaz nocifs pour la couche d'ozone qui protège les hommes des ardeurs du soleil.

Les prévisions sont alarmantes, particulièrement pour les pays du Sud. Selon les scientifiques, les modifications du climat peuvent être la cause de feux de forêts accrus et réduire les réserves d'eau ou au contraire d'inondations dramatiques. Pour bien des régions d'Afrique, cela signifie des changements de cultures et de modes de culture, ainsi que plus de difficultés pour produire en suffisance.

"On estime que les catastrophes naturelles liées au climat provoquent 60 000 décès chaque année, essentiellement dans les pays en développement", affirmait en juin Margaret Chan, le directeur de l'OMS. "Il faut reboiser les forêts détruites, planter des arbres un peu partout", conseille Pierre Mouchili Njipouta

Jules Yanganda et Charles Nforgang

 
En savoir plus : Les forêts du bassin du Congo, vitales pour le monde

Les forêts des pays du bassin du Congo, qui couvre le Cameroun, le Gabon, la Guinée Équatoriale, le Congo Brazzaville, la République démocratique du Congo et une petite partie de la République centrafricaine, jouent un rôle primordial au niveau mondial pour limiter les effets des changements climatiques. Avec ses 230 millions d'hectares, c'est, le second massif de forêt tropicale humide au monde après l'Amazonie. Le préserver est une nécessité.

Des scientifiques proposent ainsi de payer les pays tropicaux pour qu'ils ne coupent pas les arbres et conservent leurs forêts. Ils recevraient alors des "crédits carbone", qui, selon le protocole de Kyoto, pourraient être vendus aux pays industriels, qui eux produisenttrop de gar carbonique (CO2). Sur le marché actuel des valeurs, un hectare de forêt tropicale intact vaut plusieurs milliers de dollars, contre 300 $ s'il est coupé pour être transformé en pâturage.

C. N.

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