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Contrat rompu pour l’eau et l’électricité.Guerre des nerfs entre l’Etat et Veolia

Soumis par fouodjivincent le mar, 06/03/2018 - 15:11

Finie l’entente passée en 1997, entre l’Etat gabonais et Veolia (Ndlr : actionnaire majoritaire de la Société d’Energie et d’Eau du Gabon, SEEG, avec 51% d’actions), place aux invectives et menaces réciproques. Chaque partie tire désormais la couverture de son côté, avec des révélations chaque jour. La SEEG dénonce « une action illégale » et revendique la facture de 44 milliards due par l’Etat. L’Etat s’en défend et entend poursuivre Veolia pour « pollution aggravée ».  

Le contrat rompu, c’est désormais une bataille d’arguments, mais aussi du chantage entre le gouvernement gabonais et le groupe français Veolia, qui gérait depuis plus de 20 ans la fourniture d’eau et d’électricité au Gabon.

Comment en est-on arrivé là ?

Depuis l’année dernière, alors que la concession du groupe Veolia arrivait à terme, les relations sentaient déjà le roussi. Guy-Bertrand Mapangou, alors ministre de l’Eau et de l’Energie avait même qualifié de « catastrophique » le bilan de ladite concession. Malgré cela, les autorités gabonaises avaient tout de même consenti à prolonger de cinq ans la concession de Veolia prétextant qu’il s’agissait « d’un moindre mal ». Entre temps, les choses ont empiré. Et pour cause, les deux parties n’arrivent pas à accorder leurs violons sur le montant des impayés de l’Etat à la SEEG. En fin 2016, le directeur général de la SEEG avançait 65 milliards de FCFA d’impayés. Un chiffre balayé d’un revers de la main par Guy-Bertrand Mapangou qui annonçait 44,8 milliards. 

Les représentants de la SEEG avaient quitté la table des négociations. Confronté à la pression des consommateurs courroucés qui observaient un sit-in de plusieurs jours devant le siège de la SEEG, dénonçant la mauvaise qualité de service, l’Etat n’a eu pour réponse que la rupture unilatérale de la convention de concession qui le liait depuis 1997 à la SEEG-Veolia. 

Les récriminations du gouvernement 

« Les raisons invoquées sont la dégradation du service rendu aux usagers, les efforts financiers consentis par l’Etat non suivis des effets escomptés et les plaintes récurrentes des populations », soutient Patrick Eyogo Edzang, l’actuel ministre de l’Eau et de l’Energie pour justifier la mesure prise. S’ensuivra la mise en place d’un organe ad hoc chargé de « finaliser la rupture contractuelle dans les règles de l’art ». Dans une conférence de presse, le 27 février dernier, le ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement, Alain Claude Bilie By-Nze, accuse Veolia de « pollution aggravée » sur plusieurs sites répartis dans plusieurs villes gabonaises. Bilie By-Nze explique que l’Etat va appliquer le principe du pollueur-payeur, pour contraindre le groupe français à payer au moins 500 millions par site pollué. 

La riposte de Veolia 

Comme il fallait s’y attendre, Veolia n’est pas resté  aphone. Son président directeur général, Antoine Boo n’est pas allé avec le dos de la cuillère. Il dénonce « une décision politique et populiste » et a annoncé par la même occasion qu’il allait saisir les tribunaux internationaux. 

Le communiqué de Veolia est clair. « Le Groupe Veolia proteste vigoureusement contre cette action brutale, menée en dehors de toute règle de droit et met tout en œuvre pour soutenir ses employés au Gabon, engagés depuis deux décennies pour fournir le meilleur service public d’eau et d’électricité aux citoyens gabonais ». 

Veolia déplore également la négligence des autorités gabonaises. « (…) Sur ces dix dernières années, il ne s’est pas passé grand chose. Cela fait par exemple des années que le gouvernement aurait dû construire une nouvelle usine de production d’eau ».

A cela s’ajoute la dette de l’Etat à la SEEG. Là où Veolia avance le chiffre de 44 milliards, la partie gabonaise soutient mordicus que ladite évaluation est « mensongère ».

Le Gabon reconnaît plutôt devoir 4 milliards de FCFA.

Comment la bataille va-t-elle se terminer entre les deux parties en conflit ? Il est pour l’heure difficile de le dire dans une affaire aussi riche en rebondissements, avec une guerre de communication aussi  tenace.  

Yannick Franz IGOHO   

 

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