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Gestion du bien public: Le bulldozer de la mairie de Yabassi disparaît sans trace

Soumis par jadecameroun le sam, 11/10/2014 - 19:49
 Route du Nkam non entretenue faute de bulldozer

Un bulldozer toujours inscrit parmi les engins constituant le parc automobile de la mairie de Yabassi, est introuvable depuis 2010. Apparemment, il aurait été tout simplement détourné. Personne n’a pour autant été sanctionné.

 

Aujourd’hui, la mairie de Yabassi dans le Nkam doit débourser pas moins de neuf millions pour la location d’un bulldozer chaque fois qu’elle entreprend les travaux d’entretien routier. Pourtant,  cette commune était propriétaire d’un bulldozer de marque Fiat Allix. L’engin acquis plusieurs années auparavant lui permettait de racler les routes en latérite ou d’en créer d’autres. Les fils du département avaient par ailleurs le loisir de le louer  pour leurs travaux personnels, augmentant ainsi les recettes de la mairie. Il y a quatre ans, l’engin avait tout simplement disparu de la mairie. Sans trace.  

Le bulldozer n’a cependant pas disparu de la liste des engins du parc matériel de la mairie. « Quand je prends la direction de la mairie de Yabassi en octobre 2013, je constate à la lecture du document laissé par mon prédécesseur que la mairie compte une benne, des motos entre autres et un bulldozer de marque Fiat Allis. Mais après un contrôle minutieux, mes collaborateurs et moi n’avons retrouvé aucune trace du bulldozer », se souvient Jacques Maboula  Mboya, nouveau maire de Yabassi, élu à la suite des élections couplées du 30 septembre 2013. Qui a soustrait le tracteur de la commune de Yabassi ? 

 

Mission de la Conac

Pour en avoir le cœur net, le nouveau patron de la commune saisit par correspondance la Présidence de la République et la Commission nationale anti-corruption (Conac). Il explique dans sa lettre la situation de la mairie qu’il a trouvée, en relevant l’absence du bulldozer.  

Quelques temps après, le maire actuel de Yabassi est informé de la descente d’une mission de la Commission nationale anti-corruption pour enquête et confrontation entre lui et le maire sortant. « J’ai eu l’honneur de conduire sur place à Yabassi cette mission qui faisait suite à des dénonciations que la Conac a reçues, en compagnie de certains de mes collaborateurs », se souvient l’ancien ministre Simon Bolivar Njami Nwandi, membre de la Conac. 

A en croire ce dernier, l’ancien maire Kwedi Batake Samuel désiré reconnaît qu’à son arrivée à la mairie de Yabassi en 2007, cette municipalité comptait bien un bulldozer de marque Fiat Allis. Lequel serait tombé en panne et se trouverait dans un état irrécupérable quelque part. Seulement, soutient Simon Bolivar Njami Nwandi, M. Kwedi n’a pas été en mesure de dire exactement où se retrouve le bulldozer, ni même présenter son épave. 

 

Bradé à 2 500 000 F cfa

Amouna, un habitant de Yabassi, se souvient encore : « Autrefois, les populations de Yabassi louaient ce bulldozer à la mairie et c’est comme cela qu’un jour de l’année 2010, il est parti comme pour aller travailler chez un particulier et n’est plus jamais revenu ».

Ce n’est pour autant pas la première fois que la mairie de Yabassi perd cet engin. Plus de dix ans auparavant, Mbeleck Emile Daniel, qui prend les rênes de cette mairie en 1996, décide de vendre le bulldozer sans avoir au préalable obtenu l’approbation du conseil municipal. L’engin qui vaut plusieurs dizaines de millions est bradé à 2 500 000 F cfa à un homme d’affaires résidant à Nkongsamba. En 2002, Jean Edouard Benga qui lui succède à la tête de la mairie attaque cette transaction en justice et obtient gain de cause. 

 

Deuxième disparition

Le bulldozer qui avait déjà passé de nombreuses années dans le Moungo est rétrocédé à la mairie. Il va y demeurer et rendre d’énormes services à cette municipalité jusqu’en 2010 où il va disparaître de nouveau, jusqu’à ce jour, sous le règne de Kwedi Batake Samuel Désiré, devenu maire en 2007.

Contacté au téléphone, ce dernier n’a pas réagi. Mais à en croire Njami Nwandi de la Conac, il avait d’abord affirmé pendant l’audition avoir rétrocédé le bulldozer à son acquéreur de Nkongsamba sur la base d’une décision de la Cour suprême qu’il n’a pas été en mesure de présenter pendant la confrontation, avant de changer de version. «La réalité est qu’un bien public a bel et bien disparu sans laisser de trace »,  conclu le membre de la Conac. 

Charles NFORGANG (JADE)

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