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Les agresseurs torturés par les gendarmes de Yingui

Soumis par jadecameroun le mar, 20/11/2012 - 00:00

"Les enfants exigeaient que les ouvriers laissent les plantations de leurs parents et qu’ils rentrent chez eux. Les allogènes disaient attendre la fin du contrat signé avec le propriétaire de la plantation pour l’entretien et qu’il était trop tôt pour leur demander de partir. Il y a eu une violente bagarre et des blessés graves".  Vincent Francis Bassonog, porte parole des jeunes, n’a rien oublié de la scène qui a mis en émoi tout le village de Ndogmem, une localité située à 12 Kilomètres de Yingui dans le département du Nkam.

Ce mercredi de mars 2011, les ouvriers du défunt Yol Francis, propriétaire de plantations, viennent travailler comme d'habitude. Ce ne sera pas possible cette fois. Informés de cette présence, trois enfants du propriétaire accompagnés de gros bras mettent le cap sur la plantation et intiment l'ordre aux ouvriers de quitter immédiatement les lieux. Surpris, les ouvriers, ressortissants de la région du Nord-Ouest, tentent de raisonner leurs vis-à-vis et mettent en avant le contrat d'entretien signé avec leur père. C’est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Les ouvriers sont bastonnés devant des villageois impuissants.

Garde à vue abusive

Alertés, des éléments de la brigade de gendarmerie interpellent brutalement les trois enfants pour "coups et blessures". "Les gendarmes les frappaient avec des ceinturons, des matraques et quand ils étaient au sol, les chaussures faisaient le reste. On avait finalement pitié d'eux alors qu'ils avaient tabassé des innocents", se rappelle  Vincent Francis Bassonog. Le passage à tabac s'est  poursuivi dans la cellule où les suspects ont passé quatorze jours au mépris du code de procédure pénale qui stipule que  "le délai de garde à vue ne peut excéder quarante huit heures renouvelable une fois." Toutefois, "sur autorisation écrite du procureur de la République, ce délai peut, à titre exceptionnel, être renouvelé deux fois", ajoute le texte. Une garde à vue abusive à laquelle la brigade a décidé de mettre fin à la place du procureur de la République. 

Interrogé, un officier à la brigade se refuse à tout commentaire sur cette affaire qu’il connaît visiblement bien. "Vous-même, vous croyez que ce qu’ils ont fait était bien ?", demande-t-il, furieux. Selon plusieurs témoignages, les gendarmes de cette localité torturent quand ils veulent, parfois même pour le plaisir. Joseph Modi en a fait l'amère expérience. Accusé de complicité de vol d’une bouteille de gaz domestique, il y a un an,  cet élève a été torturé à la brigade de Yingui pendant trois jours avant d'être relaxé pour faits non établis. "J’étais à la maison quand je vois arriver un gendarme à moto. Il me demande de monter. Arrivé à la brigade, il me dit : je te vois calme alors que tu fais des coups. Je lui dis que je ne sais pas de quoi il est question. Il me joint les pieds avant de me taper à l’aide d’une machette et des matraques. J’avais très mal. Je ne pouvais pas poser la plante du pied au sol. Je marchais sur mes orteils. Après enquête, il a dit que je n’étais pas dans le coup", raconte-t-il. Avant de le laisser partir,  le fonctionnaire lui a demandé de porter plainte contre son accusateur pour diffamation. Mais, l’élève a décliné gentiment la suggestion.

Lenteur des sanctions

Selon Maitre Sterling Minou, avocat au barreau du Cameroun, les abus des forces du maintien de l’ordre sont récurrents dans les zones rurales à cause de la lenteur des sanctions. "Ces agents agissent par ignorance et parfois par simple envie de plaire à une connaissance ou à une amante ou encore en fonction d’un probable conflit d’intérêt. Par dessous, on note une absence de sanction rapide et douloureuse pour l'auteur des exactions. Si la sanction tombait à point, on noterait un net recul de ces exactions", précise l’avocat. Il ajoute que du fait de la proximité, "le comportement partial du gendarme l'expose au courroux du suspect". Mais, les forces du maintien de l'ordre n’en ont cure.

Mues parfois par des intérêts égoïstes,  elles profitent de cette proximité pour terroriser les populations rurales et mettre les plus téméraires au pas. C’est ce qui est arrivé à Clément Madjong. En Novembre 2011, cet habitant de Ndoungue, a été tabassé par un gendarme et un militaire alors qu'il réclamait son reliquat à une serveuse de bar. Présenté au procureur de la République après cinq jours de garde à vue, il a été déclaré non coupable.

Christian Locka