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Cameroun : Mariages en séries pour lutter contre le concubinage

Soumis par jadecameroun le ven, 09/02/2007 - 01:00

(Jade Cameroun/Syfia) Le plus souvent par manque d'argent pour payer la dot et couvrir les frais de leur mariage, les jeunes Camerounais optent pour le concubinage. Pour sécuriser la famille en limitant le nombre de ces unions libres, le gouvernement organise des mariages collectifs.

 

"Viens on reste." ou "Aide-moi à vivre". Au Cameroun, ces expressions imagées désignent le concubinage actuellement très en vogue. Pour tenter de freiner la progression du nombre d'unions libres, l'État organise désormais des mariages en séries à travers tout le pays. Le mois dernier, au Musée national de Yaoundé, 52 couples monogamiques et polygamiques ont été officiellement mariés, en présence de six membres du gouvernement. "L'objectif de cette cérémonie, a déclaré Mme Suzanne Mbomback, ministre de la Promotion de la femme et de la famille, est d'éveiller les consciences des populations sur l'importance du mariage légal, élément qui sécurise et stabilise la famille, car il n'y a pas de société stable sans famille stable."

 

Pour encourager les concubins les plus réfractaires à se passer la bague au doigt, le gouvernement avait, pour l'occasion, pris en charge certains frais. Les candidats au mariage n'avaient ainsi pas à payer à la mairie les frais exigibles d'au moins 25 000 Fcfa (38 Euros). Ils n'avaient pas non plus à louer une voiture, ni à recevoir les invités, le cocktail étant offert par le ministère.

 

Reste cependant l'épineux problème de la dot, généralement constituée de cadeaux, de denrées alimentaires et d'argent, pour un montant qui peut atteindre plus d'un million de Fcfa (1 500 Euros) dans la partie sud du pays. "Comme la dot est chère, j'ai préféré faire mes enfants hors mariage, sans attendre de tomber dans la ménopause", témoigne par exemple Angèle Kengne, maman de trois enfants à Douala.

 

"Aucun statut légal"

 

Depuis les années 80 que le Cameroun connaît des difficultés économiques, certains parents ont cependant renoncé à exiger la dot. "En tant que chrétien, j'ai marié mes deux filles sans prendre de dot. Les humains ne sont pas à vendre", estime Tembou Nicolas. Quand les parents font de la résistance, les conjoints peuvent choisir de se marier civilement (seul mariage légal) sans honorer la dot, mais ils risquent alors d'être reniés par la famille.

 

Pour Dieudonné Beliby Ndzana, chef supérieur de l'ethnie Béti à Douala, si la dot pose aujourd'hui problème, c'est parce que l'esprit de solidarité qui l'entourait tend aujourd'hui à disparaître. "Autrefois, elle n'était pas l'affaire du seul garçon, mais celle de toute la famille. Dans certains cas, l'ensemble du village se cotisait. On la payait donc sans difficulté."

 

Pour de nombreux jeunes sans revenus ou qui gagnent modestement leur vie, l'union libre est devenue la solution la plus pratique. À leurs risques et périls préviennent les juristes. "Aucun statut légal n'est reconnu à cette forme d'union", avertit Me Sterling Minou, avocat. Les hommes peuvent en effet répudier leurs femmes sans procès. D'autres problèmes encore plus douloureux peuvent surgir. Après le décès de son partenaire, Solange Tchakounté a ainsi été chassée de son domicile avec ses deux enfants par sa belle famille. Comble de malheur, ses enfants n'avaient pas été officiellement reconnus... 

 

Pour l'Association de lutte contre les violences faites aux femmes (ALVF), les mariages collectifs ne représentent en aucun cas une opportunité pour les Camerounaises de faire librement le choix de leur statut civil. L'association attend plutôt du ministère de la Promotion de la femme et de la famille un code qui aborderait l'ensemble des problèmes (notamment la dot) au sein du couple, quelque soit la forme d'union choisie par celui-ci.

 

La caravane des mariages collectifs passera par Yaoundé le 15 mai prochain (pas moins de 100 unions programmées !) avant de sillonner les différentes provinces.

 

Aggée Nkwidja

 

 

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