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Cameroun : L'inquiétude des amis de la pluie

Soumis par jadecameroun le mar, 30/10/2007 - 01:00

Jade Cameroun/Syfia) La pluie est la fidèle compagne des habitants de Debunscha, une localité au sud-ouest du Cameroun, deuxième point le plus arrosé au monde. Aujourd'hui, avec le réchauffement climatique, la pluie se fait moins généreuse. Une journée sans leur bienfaitrice préoccupe les habitants.

Un village cerné de toutes parts. Au-delà de la cité balnéaire de Limbé, Debunscha, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Douala, est bordé à l'ouest par l'océan Atlantique dont les vagues fouettent les maisons de fortune des familles de pêcheurs. À l'est, il est dominé par le Mont Cameroun, 4 095 m, point culminant de l'Afrique du Centre et de l'Ouest. Et en toutes directions, une mer de palmiers aux régimes imposants.
En cette fin de matinée, le soleil est au rendez-vous. Mais ce beau temps ne fait pas l'affaire des pêcheurs, assis sur leurs pirogues, en pleine discussion avec les commerçants en quête de poissons.

"Il n'a pas plu cette nuit et voilà que jusqu'à présent, nous n'avons reçu aucune goutte de pluie", se plaint un pêcheur, rejoint dans ses récriminations par plusieurs autres, mécontents de leurs prises. Les quelque 900 habitants d'ici tiennent à "leur" pluie. Debunscha est, en effet, le second point le plus arrosé du globe, après Cherrapunji en Inde. Il y tombe en moyenne un peu plus de 10 m de pluie par an ! Plus de trois fois plus qu'à Douala.
 
Les bienfaits de l'eau du ciel

"Nous sommes habitués à la pluie, au point que, quand il ne pleut pas pendant une journée, nous perdons patience", explique Confort Epossi, une commerçante installée depuis plus de dix ans à Debunscha. Elle soutient, avec l'approbation des pêcheurs présents, que les prises de la pêche, quasi unique activité économique du village, sont meilleures quand il pleut ou après de fortes averses. Selon elle, aucune vie n'est possible ici sans pluie.

L'eau du ciel est aussi une bénédiction pour ceux qui vivent de la terre. "Le poids d'un régime de noix de palme récolté ici est cinq fois supérieur à celui d'un régime sorti d'une palmeraie similaire de la CDC (Cameroon Development Corporation, Ndlr) ailleurs dans le pays", soutient Yikikang Gabriel, cadre à la CDC, qui a travaillé de façon intermittente pendant dix ans à Debunscha. Les éruptions du Mont Cameroun ont contribué aussi à rendre les sols fertiles si bien que les rendements des autres cultures, comme les tubercules, sont également excellents. À la différence d'autres régions du pays, il est possible ici de les cultiver plusieurs fois par an. "La seule culture à Debunscha qui nécessite un timing bien précis est le maïs qui ne supporte pas les fortes pluies", explique Sabina Tabot, une native du coin.

En juin, juillet et août, les pluies sont, en effet, particulièrement fortes et abondantes. Elles peuvent tomber pendant des semaines entières sans pour autant provoquer d'inondations. L'eau s'infiltre facilement dans le sol ou est drainée jusqu'à l'océan. Après les averses un soleil de plomb efface très vite toute trace d'humidité.
 
Moins de pluie, plus de soucis

Les gens se sont adaptés à ce climat extrême. Comme il leur est difficile de trouver du bois sec pour cuisiner, la plupart se sont ainsi équipés de cuisinières à gaz ou de réchauds à pétrole. La pluie pour eux n'est pas un souci. Le problème c'est plutôt sa diminution au fil des années. "Il y a un peu plus de 15 ans, nous allions à l'école et retournions chez nous sous la pluie. Certaines fois, celle-ci était si forte que nous ne pouvions repartir à nos domiciles", se souvient Sabina Tabot. Selon elle, ses cadets qui fréquentent aujourd'hui la même école sont en quelque sorte épargnés, car il pleut de moins en moins.

La soixantaine passée, Georges Shu déborde d'anecdotes qui vont dans le même sens : "Dans les années 80, il fallait prévoir pour les travaux champêtres trois vêtements que nous séchions à tour de rôle dans les greniers, faute de soleil." Le vieil homme assure que, jusqu'à une date récente, il n'y avait pas un seul jour de septembre sans pluie comme c'est le cas depuis bientôt trois ans. Mais, selon des données de la station météorologique locale de la CDC, le recul progressif de la pluie remonterait à environ cinq ans à Debunscha.

Sous la conduite de son chef traditionnel, la communauté locale effectue chaque année des sacrifices au bord du lac pour implorer les ancêtres de maintenir le climat qui a permis à leur village d'être mondialement connu. Peine perdue, estime Joseph Pascal Mbaha, géographe et enseignant à l'Université de Douala : "Le recul de la pluie à Debunscha est une conséquence du réchauffement climatique provoqué par la déforestation et l'activité industrielle à l'échelle planétaire." Pour lui, les effets sont plus visibles et directs à Debunscha du fait de la proximité du village avec le Mont Cameroun dont les nombreuses éruptions ont produit des cendres qui contribuent à l'effet de serre. La région subit également les retombées de la pollution des grandes zones industrielles de Limbé et de Douala, situé à une centaine de kilomètres.
 
Charles Nforgang

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